C’est pour cela que je me suis battue |
Je suis parent et aussi enseignante au primaire depuis neuf ans. Je suis touchée par les différentes grèves dans le secteur public et je dois m'y adapter chaque semaine. Je comprends les revendications des employés de l'État et je suis solidaire à leur cause, car négocier avec le gouvernement n'est pas simple.
De mon côté, je me fais poser plusieurs questions et je reçois des commentaires au sujet des revendications des enseignants qui sont, à mon avis, mal connues. Les médias et la population sont fatigués des débats, mais ils ne connaissent pas toutes les conséquences des décisions qui seront prises. Voici quelques scénarios possibles qui pourraient un jour vous toucher, et là, je ne vise pas les salaires ou autres conditions plus techniques liées à la profession enseignante.
Lorsqu'un parent viendra me voir pour me demander de l'aide, car il vit des problèmes avec son enfant à la suite d'une séparation et qu'il aimerait avoir les services d'un psychologue pour son enfant, je lui répondrai d'aller au privé, ce n'est pas une priorité pour le gouvernement d'offrir ces services à l'école : c'est pour ça que je me suis battue.
Lorsqu'un parent viendra se plaindre que son enfant se fait bousculer, insulter, frapper, taxer parce qu'on a éliminé les services adaptés pour aider les enfants les plus turbulents, je lui répondrai : c'est pour éviter ça que je me suis battue. Lorsqu'un parent viendra me dire : «On vous donne 90 millions pour de l'aide !» Je lui dirai : «Je me bats pour que ces ressources soient assurées, et pour une durée de plus de trois ans.»
Lorsqu'un parent apprendra que son enfant ira dans une classe de triple niveau au primaire (ex. : 2e, 4e et 5e années), je leur dirai : c'est pour éviter cela que je me suis battue. Lorsqu'un parent me dira que son enfant n'a pas toute l'aide et l'attention qu'il mérite, car il y a trop d'élèves dans sa classe (ratios parfois de 35 au secondaire et plus de 29 au primaire) et qu'il devrait peut-être l'envoyer au privé... je lui répondrai : c'est pour éviter de tels ratios que je me suis battue.
Oui, la grève et les moyens de pression dérangent. Nous avons tous hâte que cela se termine. Mais pas trop vite, car un jour ou l'autre... nous en payerons le prix. [...]
Anne Rousseau
Thetford Mines, le 11 décembre 2005 |